« Les chantiers de l’accessibilité, une urgence pour les publics concernés, une opportunité pour le redémarrage de l’économie »

Hervé Allart, Président Directeur Général de Tadeo

par Hervé Allart, Président Directeur Général de Tadeo

Alors que s’achève le salon Urbaccess (13-14 février 2013 – CNIT Paris la Défense), les acteurs du marché de l’accessibilité se préparent : tous les bâtiments recevant du public ne seront probablement pas accessibles d'ici à 2015, comme le prévoit pourtant la loi de 2005.

Pour autant, pas de report ni de modification du calendrier prévus pour le moment. En attendant la publication sous peu du rapport de Me le Sénateur Claire-Lise Campion portant sur les aménagements à la loi de 2005, Hervé Allart, entrepreneur et acteur engagé aux côtés des publics concernés par la mise en place de la pleine accessibilité nous détaille les enjeux de ce débat d’avenir pour notre société, mais également moteur pour le redémarrage économique.

Petit Rappel. Votée en février 2005 la loi sur le handicap (sur l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées) aborde en effet un certain nombre de thèmes dont celui de l’accessibilité qui oblige tous les établissements recevant du public à se mettre en conformité (par exemple mettre en place des rampes d’accès). Le décret du 14 mai 2009 prévoit à l’échéance de 2012 l’accessibilité à TOUS des collectivités territoriales et des établissements publics qui en dépendent, ainsi qu’à leurs services de communication en ligne (téléphone, Internet). D’ici 2015 c’est l’ensemble des Etablissements Recevant du Public qui devront se mettre à niveau.

Rien qu’en France, 10% de la population est confronté à des niveaux divers à un problème d’audition. Le recul de la mortalité moyenne et les nouvelles pratiques nées de l’apparition des loisirs numériques risquent de creuser ces chiffres dans l’avenir. Notre pays – par comparaison avec ses voisins européens – est encore très en retard en ce qui concerne la possibilité pour une personne, sourde ou malentendante de téléphoner. Ainsi toutes les démarches administratives téléphoniques qui simplifient la vie des personnes entendantes ne leur sont pas autorisées faute du respect de la norme.

Le rideau de fumée de la crise des marchés financiers et l’atonie ambiante de nos économies occidentales nous font pourtant oublier qu’en lisière des mutations économiques se profilent de réels relais de croissance sous l’auspice des « chantiers de l’accessibilité ». Au cœur de ces chantiers, innovations et technologies d’accès à distance, mais également nouveaux métiers, parfois inconnus il y a une dizaine d’année.

Les entreprises vont emboîter le pas aux administrations, services publics et collectivités en raison du respect souhaité des obligations dictées par la RSE sous la pression de leur personnel mais également de leurs partenaires, investisseurs, actionnaires et surtout clients. Aujourd’hui, au cœur de la stratégie, notamment de l’entreprise, la Responsabilité Sociétale devient un véritable indicateur de performance et de différenciation. La prise en compte de la Diversité, dans cette logique de valeur, prend ici tout son sens.
Un premier niveau de mise à jour a déjà concerné à partir de 2009 la mise à niveau des standards permettant d’accéder aux services web. Dans le cadre de cette mise en conformité, les standards d’accessibilité français ont été abandonnés au profit de la norme Internationale (WAI) permettant aux personnes touchées par un handicap d’utiliser les outils informatiques

Chez ACCEO, nous développons des projets de mise en place des services d’accessibilité facilitant la prise de contact des usagers sourds ou non-voyants avec une administration ou service clients. Ces services reposent entre autre sur des plateformes de technologies et de services qui délivrent par exemple des prestations de Transcription Instantanée de la Parole et de visio-interprétation en Langue des Signes. Ils permettent la totale autonomie dans la communication des personnes entendantes et sourdes (téléphone, réunion, formation, entretien…).
Pour permettre à ces services de fonctionner de manière performante et adaptée aux publics, nous formons actuellement dans le Haut-Jura une vingtaine de personnes à l’exercice d’un métier que nous avons contribué à créer : e-transcripteur. Les acteurs politiques locaux ont su dépasser les clivages et s’unir autour de ce projet vital pour leur collectivité. Pourquoi n’arrivons pas à un consensus au niveau national ?

Alors que notre pays s’interroge sur la conduite à tenir face à la crise et sur le futur de son industrie et de son économie et que la société semble aller vers plus de considération envers ses plus fragiles, je ressens que nous nous trouvons à la croisée de chemins qui si ils se rejoignent pourraient aider notre pays à évoluer économiquement et professionnellement en orientant ses choix vers des activités vertueuses et également génératrice de valeur ajoutée.